mercredi 21 octobre 2009

Leslie Péan : reprenez-vous !

Leslie Péan : reprenez-vous !
Cher Leslie Péan,

Trois expressions utilisées dans vos textes suggèrent que vous vous êtes emporté et qu’il est temps que vous vous repreniez.

La première est l’utilisation de la notion de « sous-hommes » dans votre texte qui, implicitement, vise à culpabiliser (et reléguer à la seconde catégorie) ceux et celles qui ne partagent pas votre opinion et vos choix. Quoi que vous disiez, votre position n’est pas démocratique. Pourriez-vous énumérer, cher Péan, les attributs qui font de vous un homme et que les autres n’ont pas ? Au lieu de corriger le tir, d’admettre que vous vous êtes fourvoyé, vous vous enfoncez en affirmant : « Je maintiens que le système politique en vigueur en Haiti produit des lâches, des gens sans caractère, des sous-hommes /…/ » Heureusement que vous n’en faites pas partie ! Votre position est totalement subjective. Nonobstant la tenant, vous devez, me suis-je dit, avoir de bonne raison. Mais cela ne fera jamais de vous un sous-homme. Il ne peut y avoir de sous-homme ! On peut ne pas être d’accord sur tel ou tel point, nos choix, nos positions et intérêts peuvent être divergents (quoi de plus normal ?), mais nous resterons des hommes, cher Péan, ne l’oubliez jamais.

La deuxième expression est ainsi utilisée « le texte de Renal[d] Luberice que tu recommandes est une collection de paroles qui affichent les immenses trous que ce jeune (c’est moi qui mets en exergue) a dans la connaissance de l'histoire de son pays natal. Ce texte de Lubérice ne contient aucune pensée articulée sur les vraies causes de l'échec national. » Ah oui ? Je ne sais pourquoi vous vous êtes offusqué lorsque j’affirme que mes ainés ont formulé des hypothèses les unes plus tautologiques que les autres. Avez-vous au moins compris que le but du texte n’était pas de formuler une pensée articulée sur ce que vous appelez « les vraies causes de l’échec national », mais de mettre en exergue la carence méthodologique de la démarche des pétitionnaires nationalistes du Web dont, je crois, vous faites partie ? Avez-vous relevez qu’il s’agissait d’une hypothèse (qui est de part sa nature une réponse provisoire) ? Cher Péan, accordez-moi la possibilité d’étayer cette hypothèse ailleurs. Vous avez, vous-même, tenté d’expliquer nos débâcles dans plusieurs volumes, a priori ce n’est pas aussi simple, que vous semblez l’insinuer. L’utilisation de la notion de « jeune » n’est à mon sens pas innocent. C’est la suite logique de votre démarche consistant à étiqueter pour décrédibiliser. Si on est « jeune » ou « sous-homme », on est moins crédible que Péan qui est homme et vieux, de surcroit. Cher Péan, depuis Pierre Bourdieu (« La jeunesse n’est qu’un mot » in Question de sociologie (1978), Paris, Ed. de minuit, 1984), on ne peut plus se permettre d’utiliser l’expression « jeune », comme si cela allait de soi. Elle ne renvoie pas à la date de naissance mais à un statut social. Maintenez-vous toujours que je suis un « jeune » ? Ou un sous-homme, peut-être (si on part de l’hypothèse, que je ne signerai pas cette pétition !).

La troisième expression procède du même esprit : catégoriser des gens et ensuite décider de la valeur politique de leur position ou s’ils sont aptes à avoir une position politique valable. Elle est ici formulée : « [Ray] je ne te laisserai pas te perdre dans cette voie de garage de gens qui sont nés de la dernière pluie dans le combat politique. » A vrai dire les mots que vous utilisez, cher Péan, montre que vous êtes de la vielle école : quand vous n’êtes pas d’accord avec quelqu’un vous l’insultez, vous vous attaquez à son prétendu statut social, même si vous ne le connaissez pas. Dans cette expression, ce qui ressort est la date de naissance qui attribuerait de la légitimité à la position politique de l’individu. Savez-vous, cher Péan, qu’en démocratie les choses ne sont pas ainsi faites ? Cette position aurait pu être valable dans un autre régime politique dénommé : gérontocratie (où les vieux gouvernent). En gouvernement représentatif vos postions ne sont pas tenables. Je compte donc sur vous, cher Péan, pour vous reprendre.

Ps : Je remercie toutes celles et tous ceux qui, comme Emmanuelle et Ray, continuent d’aborder ce problème avec beaucoup de lucidité.

Bien cordialement

Renald Lubérice.

Ci-dessous le texte de Péan.



Salut Ray,

Pourrais-tu bien vouloir m'indiquer la référence au texte, courriel ou message qui traite de "sous-homme" ceux qui ne veulent pas signer la pétition demandant un calendrier pour le départ de la MINUSTAH ?

Je profite aussi de l'occasion pour te dire que le texte de Renal Luberice que tu recommandes est une collection de paroles qui affichent les immenses trous que ce jeune a dans la connaissance de l'histoire de son pays natal. Ce texte de Lubérice ne contient aucune pensée articulée sur les vraies causes de l'échec national. Il est absolument faux de prétendre que "la principale cause de la constitution du chaos qui a engendré la MINUSTHA (sic) et qui engendrera la République Dominicaine, si nous ne prenons pas conscience, est la folie révolutionnaire permanente qui ne nous a pas quittés depuis 1804". C'est tout simplement de la fumisterie.

Les discussions fumeuses concernant la MINUSTAH relèvent à parler du sexe des anges. Ces troupes armées onusiennes doivent partir d'Haiti. Un point c'est tout. Un leve kanpe contre leur présence est à l'ordre du jour. C'est une situation de guerre et dans ce domaine, malheureusement, il n'y a pas beaucoup de places pour l'indécision. On est d'un côté ou de l'autre. Il faut offrir à chaque Haitien qui a le sang de Dessalines dans ses veines l'occasion de donner sa contribution au renvoi de ses soldats onusiens chez eux. Il faut laisser les Haitiens régler leurs propres affaires entre eux.

Reprends-toi Ray, je ne te laisserai pas te perdre dans cette voie de garage de gens qui sont nés de la dernière pluie dans le combat politique.

Cordialement,

Leslie

dimanche 18 octobre 2009

Si je n’avais pas lu l’histoire : je vous aurais pris au sérieux ! {Suite}

Si je n’avais pas lu l’histoire : je vous aurais pris au sérieux ! {Suite}

Je prendrai le risque de décevoir les amateurs de discussions circulaires: je ne répondrai que sur la base de ce que j’ai écrit et non sur ce qu’ils ont voulu lire. Ray a su très bien mettre en exergue le contenu de mon texte. Je l’en remercie. Ce qu’on a voulu signaler dès le départ est un problème de méthodologie qui pourra avoir pour effet la répétition des erreurs du passé. D’où l’importance d’avoir lu et de lire l’histoire !

Déjà, au fond de moi-même, je me dis qu’il fallait vraiment être en mal d’inspiration pour se faire appeler « Camp patriotique ». Dans le contexte actuel nous avons davantage besoin de position fédératrice. Aux fallacieux « va-t-en-guerre » qui se cachent derrière leur petit écran pour nous assaillir à coups de cris « Liberté ou la mort ! », je voudrais tout de même dire : si Dessalines était à votre place et qu’il avait le sentiment (objectif ou subjectif) que la patrie est menacée, il ne demanderait pas à l’envahisseur de lui constituer une armée de 5000 hommes pour sécuriser ses frontières ! Il aurait réuni les hommes qu’il faut et dit aux envahisseurs : vous partez ou je vous mets dehors.

La question est-ce qu’on est « Oui ou Non » pour le départ de la Minustah est un non-sens. Aller demander à la MINUSTAH si elle est pour le départ de la MINUSTAH, elle vous répondra probablement oui. Donc, conclusion des amateurs de discussions circulaires : la MINUSTHA est pour le départ de la MINUSTHA. On est donc dans le même Camp patriotique ! La question est plutôt : Quand et comment ? C’est pourquoi j’ai parlé de méthodologie qui ne se résume pas à un résonnement binaire véhiculé par des nationalistes du Web.

Aujourd’hui la MINUSTAH est dans le pays. C’est un fait. Notre devoir en tant qu’Haïtien-ne-s est de faire en sorte que plus jamais nous (et les générations futures) n’ayons besoin d’une force étrangère en Haïti. Un départ précipité de la MINUSTHA, donc une transition mal préparée, aura certainement pour conséquences, si nous avons de la chance, une prochaine mission de l’ONU, sinon une tutelle de la République Dominicaine. Elle le fera pour notre malheur et pour l’histoire. Sortez de votre bulle et vous comprendrez ! Cessez de faire croire que vous tenez plus à Haïti que d’autres : agissez et par vos actions l’histoire jugera !

Ps : je n’ai pas tenu compte de toutes les interventions dans l’espoir que ce nouveau texte puisse mettre en exergue la question essentielle : la méthodologie. En ce qui concerne mes « rires », je pense que tout le monde a le droit de rire ou de pleurer quand cela l’enchante, et ce, sans l’autorisation du Chapeauteur !
Bon dimanche !
Renald