lundi 26 mai 2008

Banalisation de l'inadmissible : rép à Dore, alii

Dore,

Tu as écrit des choses plus moins pertinentes, avec les quelles je suis plus ou moins d’accord. Je ne reviendrai pas là-dessus. En revanche, j’aimerais que tu me permettes de revenir sur deux points. L’un concerne la « diaspora » dont nous parlons et l’autre cette assertion : « Donc, il revient à l’ETAT HAITIEN de l’organiser » tirée de ton texte précédent.

J’ai eu à maintes reprises l’occasion de souligner l’«impertinence » du concept de diaspora s’agissant des Haïtiennes et des Haïtiens de l’extérieur. Bien que je n’aie pas les outils nécessaires en vue d’affirmer quelque chose qui serait valable pour l’ensemble des Haïtiennes et des Haïtiens de l’extérieur mon assertion concernera les Haïtiennes et les Haïtiens de France. Elle est « idéaltypique » et modal, c’est-à-dire quelque chose qui n’est pas adéquat, qui ne décrit pas la réalité dans sa globalité mais qu’on rencontre le plus souvent.

Le concept de diaspora à une histoire (j’en ai déjà parlé ailleurs, voir http://luberice.blogspot.com/ ) mais correspond également à une réalité. C’est l’idée d’une communauté nationale vivant loin de sa terre natale, unie par une culture, une religion et un certain socle de valeurs partagées et ayant une identité propre. Ces valeurs servant de lien sont transmises de génération en génération. Dans le cas du peuple juif pour lequel le concept a été (pour la première fois) utilisé ces valeurs sont transmises et sauvegardées pendant environ mille ans.

Plusieurs aspects rendent improbable l’existence d’une diaspora haïtienne. Primo, l’impossibilité de définir une identité haïtienne dont cette diaspora serait porteuse et se chargera de la transmission. Secundo, la non-transmission de cette identité en diaspora. Tertio, le rejet de l’identité par les enfants issus de l’émigration.

D’abord qu’est ce que l’identité haïtienne, au juste ? De quoi est elle constituée ? Certains affirment l’absence de culture et d’identité haïtiennes propres. Me concernant j’utiliserais, à la suite de Fernando Ortiz, le concept de transculturalité pour parler de la culture haïtienne qui est de toute évidence transculturelle, c'est-à-dire issue d’un emprunt de certains matériaux à d’autres cultures dominantes (pour en former une nouvelle). Ainsi l’identité haïtienne serait avant tout « l’haïtianité » qui est la créolité – le fait de parler le créole haïtien. Quand je rencontre un compatriote je lui dis « kouman nou ye » et je me sens bien et tout à coup plus Haïtien que jamais.

Cette créolité est rarement transmise aux générations issues de l’émigration en France. On a affaire à une communauté dont la plupart sont des boat peoples, issus de la paysannerie haïtienne, qui ont débarqué aux petites Antilles françaises et ont subi de plein fouet le racisme et la xénophobie qui y règnent avec pour corolaire l’infériorisation de l’Haïtien. Or ces compatriotes qui n’avaient pas le socle culturel nécessaire en vue de prendre de la hauteur par rapport à ces agissements, qui ne pouvaient pas y opposer toute la fière que véhicule l’haïtianité ont fini par intégré ces préjugés et pour s’en débarrasser leurs enfants cachent leur identité haïtienne.

Alors ils préfèrent parler un créole antillais et ne pas avouer leur origine Haïtienne. Pour savoir qu’ils sont haïtiens, il faut poser des actions en publique qui rehaussent l’image de notre pays à ce moment-là ils avouent leur origine haïtienne grâce aux capitaux symboliques qu’ils peuvent en tirer. Combien de fois rencontre-t-on à l’université en France des camarades qui étaient au premier abord des antillais et qui finissent par être haïtien quand on expose en cours ce qu’est Haïti en vrai ? Je laisse le soin aux internautes qui ont fréquenté les universités françaises d’y répondre.

Un autre aspect qui est étonnant c’est que bizarrement les enfants d’Haïtiens nés ou arrivés jeunes en France ne parlent pas créole ! Vous leur parlez en créole ils vous répondent en français. Leurs parents leur parlent en créole, ils répondent en français. On est presque sûr que les enfants de ces enfants ne parleront pas un mot créole et n’auront d’Haïti que de vagues souvenirs imaginaires. Où passera donc la diaspora dont on parle? Imaginons que les vagues migratoires cessent que deviendra cette diaspora haïtienne qui est incapable de transmettre l’haïtianité?

Il me semble donc qu’il est plus judicieux de parler d’Haïtiens expatriés ou d’Haïtiens de l’extérieur que de diaspora.

2. « Il revient à l’Etat haïtien » d’organiser la diaspora. Très bien Dore. Cependant cette affirmation me parait « inversement » tautologique. Dans mon précédent texte j’ai insisté sur la nécessité que les haïtiens de l’extérieur mettent la main à la pâte pour construire l’Etat Haïtien. Notre compatriote Zabeth Jean Bergeron, je l’en remercie d’ailleurs, a brillamment insisté sur l’urgence de l’émergence d’une « conscience politique nationale ». Comment peut-on demander à l’Etat d’organiser la diaspora, alors que cet Etat n’existe pas encore ? Il faut d’abord construire l’Etat après il se donnera la tâche d’organiser cette diaspora qui pourrait lui être précieuse.

En revanche Dore t’a parlé de ce que rapporte à Haïti la « diaspora haïtienne » t’es-tu déjà demandé combien coûte à Haïti la diaspora haïtienne ? Quand le pays a dépensé pendant 20 ans pour former un Haïtien, après celui-ci se voit obliger de mettre toutes ses compétences acquises au frais du pays au service du Canada, des Etats-Unis, de la France etc. ? Ne crois-tu pas que c’est une cause d’appauvrissement énorme ?

Dore Construisons d’abord L’Etat.

Pour une Haïti fière et digne

Renald LUBERICE

2008-05-26

http://luberice.blogspot.com/

2 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai pris beaucoup de plaisir à visiter votre bolg

Moun plato santral a dit…

Je vous remercie.

Bien cordialement.

R.